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La Fédération de l’UPA d’Abitibi-Témiscamingue est plus que jamais préoccupée par les effets négatifs sur la vitalité des milieux ruraux de l’achat de terres par des non-résidents de son territoire, et ce, particulièrement dans le secteur du Témiscamingue. En ce sens, elle est d’avis que les différents paliers gouvernementaux doivent faire preuve de vision et réinvestir massivement dans l’agriculture locale pour aider les agriculteurs, agricultrices et la relève qui habitent le territoire, ou qui pourraient habiter le territoire, à accéder au foncier agricole. L’inquiétude de la Fédération est d’autant plus importante aujourd’hui, dans le contexte où l’on entend parler de l’établissement possible d’un projet de grande envergure sur son territoire par des investisseurs étrangers.

Le territoire de l’Abitibi-Témiscamingue renferme l’une des plus grandes réserves de sols arables d’Amérique du Nord et un accès à de l’eau de qualité en quantité. Voilà des qualités fort importantes, surtout dans le contexte du réchauffement climatique, qui ont de quoi intéresser des investisseurs et des spéculateurs. Par exemple, les données plus récentes auxquelles nous avons accès démontrent qu’il y a actuellement, dans la MRC de Témiscamingue, 12 354 hectares appartenant à des non-résidents soit plus de 14 % des terres en culture, en zone agricole. Dans certaines municipalités, 25 % et plus des terres cultivées le sont sur des propriétés de non-résidents. (Tableaux disponibles pour référence, cliquez ici.)

« Ces entreprises ne contribuent pas à l’économie locale et au tissu social comme les entreprises qui proviennent de la région et dont les exploitants habitent le territoire. De plus, ces acheteurs, bénéficiant de moyens financiers importants, concurrencent les agriculteurs et la relève agricole qui habitent le territoire en plus de créer de l’inflation sur le prix des terres », a mentionné le président de la Fédération de l’UPA d’Abitibi-Témiscamingue, Pascal Rheault. La Fédération rappelle que la propriété des terres en région impacte directement trois enjeux fondamentaux pour l’occupation de notre territoire, soit la pérennité de la dynamique agricole, l’établissement et le maintien d’une masse critique de fermes et la vitalité des milieux ruraux.

« Nous sommes inquiets de constater que ce phénomène d’accaparement continue de prendre de l’ampleur. La question que pose cette situation est pourquoi les agriculteurs, agricultrices et la relève d’ici n’ont pas les moyens d’acheter ces terres et de pratiquer l’agriculture en habitant le territoire? Nous constatons aussi qu’une grande partie de la réponse vient du désinvestissement de l’État en agriculture. De 2008 à 2017, les budgets à l’agriculture ont chuté de 71 %. Ce désinvestissement massif a fait particulièrement mal aux productions de bœuf et d’agneaux dans notre région qui ont vu baisser leur nombre de fermes et leur cheptel. Au dernier recensement de l’agriculture de 2016, la région d’Abitibi-Témiscamingue comptait 574 fermes soit 37 % de moins qu’en 2006. Une baisse six fois plus importante du nombre de fermes par rapport à la baisse observée pour la province », a ajouté le président de la Fédération de l’UPA d’Abitibi-Témiscamingue, Pascal Rheault.

Pour la fédération régionale de l’UPA d’Abitibi-Témiscamingue, il est désormais urgent que les différents paliers de gouvernement mettent de l’avant une vision concertée et qu’ils bonifient les budgets alloués à l’agriculture pour redynamiser l’agriculture régionale. En ce sens, la fédération régionale demande depuis deux ans que des programmes complémentaires de soutien du revenu soient mis en place pour toutes les fermes des régions périphériques et pour les fermes de petite taille (revenu brut inférieur à 100 000 $) qui représentent plus de la moitié des fermes de notre région. Aussi, pour favoriser l’accès aux terres pour des agriculteurs d’ici, d’autres outils sont à mettre en place comme une fiducie foncière agricole ou l’accès à du capital patient.

Nous suivons également les achats de terres par des investisseurs étrangers. Nous savons que MapleVille trading group, un holding d’investisseurs canadiens d’origine chinoise, a acheté 567 hectares de terres au Témiscamingue. Ce que nous avons pu apprendre de la façon de faire ailleurs dans le monde, où les immigrants chinois qui arrivent pour réaliser les projets vivent complètement en autarcie, suscite beaucoup de questions.

« Nos gouvernements doivent d’abord reconnaître qu’il y a une problématique d’accès au foncier agricole. Dès ce moment, nous pourrons travailler à mettre en place des solutions qui ne pénaliseront pas les vendeurs. Nous le savons, la vente des immobilisations est souvent le fonds de retraite des personnes qui quittent l’agriculture et il est important pour nous de respecter les agriculteurs et agricultrices qui vendent leurs terres. Or, ce que nous souhaitons, c’est un meilleur soutien aux agriculteurs en place et à la relève agricole pour les aider à acquérir les terres disponibles et à retirer un meilleur revenu de leur entreprise », a conclu le président de la Fédération de l’UPA d’Abitibi-Témiscamingue, Pascal Rheault, en ajoutant que ces demandes ont aussi été adressées aux nouveaux députés de la région.