https://www.abitibi-temiscamingue.upa.qc.ca

Mon père aujourd’hui âgé de 92 ans a défriché des terres en Abitibi-Témiscamingue avec des bœufs. Ça ne fait pas si longtemps. Comme plusieurs hommes de sa génération, il n’a pas négligé les efforts pour tirer le meilleur de cette terre et nourrir sa famille. En fait, défricher manuellement les terres de l’Abitibi-Témiscamingue a sans doute été le travail le plus difficile du dernier siècle. Mais ils y croyaient tellement.

Pourtant, devant l’abondance -pour ne pas dire surabondance- de la nourriture relativement bon marché dans les supermarchés, nous avions oublié l’importance de l’agriculture locale et de l’autosuffisance alimentaire.  Aujourd’hui, nous en sommes rendus à tenter de protéger notre héritage qui a été acquis à coup de sueur, de sacrifice et de morsures de mouches noires. Petit gars, j’ai assisté à tous ces sacrifices et c’est pourquoi le développement de l’agriculture en région me tient tant à cœur. Et il est permis d’espérer.

En quelques mois, la pandémie de la covid-19 et la fermeture des frontières qui s’en est suivie nous a durement rappelé que les légumes, la viande et le lait ne sont pas fabriqués dans les supermarchés. Ils parcourent souvent des milliers de kilomètres avant d’atterrir dans nos assiettes.

Le 3 avril dernier, le président américain Donald Trump a sommé la compagnie 3M de cesser l’exportation de masques au Canada, même si cette compagnie américaine avait déjà signé des contrats d’approvisionnement. Plusieurs citoyens ont alors fait 1+1. Et si la prochaine crise était alimentaire? Les États-Unis n’hésiteraient pas deux secondes à cesser l’exportation de nourriture.

La bonne nouvelle

À travers cette pandémie et tous les changements qu’elle amène dans notre style de vie, on peut dégager au moins un élément positif. Nous remarquons un fort engouement pour les produits locaux. Les consommateurs d’ici redécouvrent les joies de discuter avec la personne qui a produit ses légumes, sa viande, ses œufs ou son lait. Les producteurs qui offrent de l’autocueillette ont même été débordés de réservations.

Après des années de diminution, nous comptons même 16 producteurs agricoles de plus qu’en décembre dernier. Ceux-ci cultivent 2200 hectares. Comme quoi les efforts de nos ancêtres peuvent toujours nous être utiles aujourd’hui. Cette prise de conscience doit se poursuivre au-delà de la pandémie. L’agriculture en région est prête pour sa phase 2.0. Mais les nombreux jeunes qui veulent se lancer en agriculture et dynamiser nos villages auront besoin d’aide.

D’ailleurs, dans son plan de relance économique, le gouvernement Legault aurait eu tout intérêt à favoriser le démarrage et le maintien des entreprises agricoles avec un programme adapté à la réalité régionale.

Pascal Rheault, président