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Le 29 juin dernier, le conseil d’administration de La Financière agricole du Québec (FADQ) a décidé d’abolir l’Assurance stabilisation du revenu agricole (ASRA) pour les productions de maïs, de soya et de pomme de terre. La Fédération régionale de l’UPA, conjointement avec les groupes spécialisés de la région, a diffusé un communiqué de presse en réaction à cette annonce. Notre discours est clair : cette décision est précipitée et incompréhensible et la FADQ a répondu à une commande du gouvernement qui oriente ces actions dans le seul but d’abolir l’ASRA.

Le ministre responsable de l’Abitibi-Témiscamingue, monsieur Luc Blanchette, a fait valoir dans les médias que mon ton était alarmiste, car en réalité, selon lui, l’agriculture va très bien en Abitibi-Témiscamingue. Il mentionne que je défends des dossiers nationaux alors que lui travaille pour les agriculteurs de l’Abitibi-Témiscamingue.

Est-ce que je suis alarmiste lorsque je rapporte que cette décision est le début de la fin de l’ASRA pour toutes les productions? En tout cas, je ne suis pas le seul! Les présidents des syndicats locaux et spécialisés, ainsi que 250 producteurs et productrices de partout en région venus dans les rues de Rouyn-Noranda en avril dernier, sont du même avis. Il y a aussi les Chambres de commerce de l’Abitibi-Témiscamingue qui ont fait valoir leurs préoccupations. De plus, des milliers de signataires québecois ont signé la pétition lancée par une groupe de producteurs de la Montérégie, préoccupés par la sécurité du revenu.

En 2009, lorsque le gouvernement a appliqué des mesures de resserrement à l’ASRA, je me suis aussi fait traiter d’alarmiste. Force est de constater qu’à la suite de l’application de ces mesures, les productions bovines et ovines ont particulièrement été atteintes avec des pertes respectives de 20 % et de 60 % des entreprises en région. Alarmiste disiez-vous? Rappelons-nous que ces mesures avaient été appliquées à la hâte et sans étude d’impact. Rappelons-nous aussi que ces pertes de fermes sont survenues malgré l’existence du Programme régional d’adaptation et de développement de l’agriculture, doté d’un budget de 8,3 millions sur cinq ans. Faisant la démonstration que des programmes d’investissement ne peuvent suppléer à des programmes qui stabilisent nos revenus comme le fait l’ASRA. J’ai envie de dire à monsieur le ministre que ce ne sont pas « des petits programmes qui ne coûtent pas cher », comme ceux qu’il a dit vouloir mettre en place, qui redynamiseront notre agriculture si l’on abolit l’ASRA.

Malgré tous nos efforts pour faire comprendre l’importance de garder des programmes de sécurité du revenu répondant aux besoins des fermes de notre région, notre ministre entend et transmet le message que tout va bien en agriculture. Comment peut-on affirmer que tout va bien quand 17 % des fermes de l’Abitibi-Témiscamingue ont disparu entre 2007 et 2013, ce qui en fait la plus forte diminution au Québec? Pour ma part, ce n’est pas le message que je reçois des agriculteurs et des agricultrices que je représente et qui m’interpellent pour défendre leurs enjeux. Plusieurs de nos productions régionales ont vécu des coups durs dans les dernières années. Dans ce contexte, je ne peux être complaisant avec les gens qui affirment que tout va bien.

Ai-je réagi parce que je défends les dossiers nationaux ou bien j’ai réagi pour le bien des agriculteurs de l’Abitibi-Témiscamingue? En 2010, une action a été entreprise au Témiscamingue sous le nom de « la marche verte ». À ce moment, nous demandions au gouvernement des programmes adaptés à la réalité de notre région et à cet égard, l’UPA a livré la marchandise. Un rapport sur la sécurité du revenu démontre que les programmes doivent être adaptés à la réalité des régions telle que l’Abitibi-Témiscamingue, et ça comme recommandé par l’UPA. Depuis le dépôt du rapport au Ministre Pierre Paradis, en début 2015, nous travaillons très fort à l’UPA pour que ces recommandations soient appliquées. Nous travaillons encore aujourd’hui à ce que les producteurs et productrices de la région obtiennent ce dont ils ont de besoins. Peut-on en dire autant de notre ministre régional ?

Le gouvernement a forcé les producteurs de maïs, de soya, de pommes et de pommes de terre à choisir entre l’ASRA ou le programme AGRI. Considérant que seulement 22 % des producteurs ont voté pour l’abolition de l’ASRA, embrasser l’irresponsabilité du ministre de l’Agriculture dans la décision d’abolir l’ASRA est tout aussi irresponsable. Lors des mauvaises années du prix dans le maïs et le soya, certains producteurs pourraient se tourner vers les productions stabilisées telles que le blé ou le canola pour ensuite se retirer de l’ASRA lorsque les prix du maïs et du soya montera. Ainsi, ils feraient creuser le déficit des fonds d’ASRA dans les petites céréales et laisseraient le fardeau du remboursement aux producteurs des régions comme la nôtre. Notre région en paierait le gros prix.

J’espère que je me trompe, que le gouvernement réévaluera la situation et qu’il maintiendra des programmes de stabilisations de revenus dans toutes les productions. Avec de bons outils, nous avons le talent, le capital humain et les terres de qualité disponibles pour développer notre agriculture. Une mise en marché collective et une sécurité du revenu qui correspond à nos besoins sont des exemples d’outils nécessaires. Il serait temps que les gouvernements voient l’agriculture comme un investissement rentable et non pas comme une dépense. C’est parce que je crois tellement au potentiel de ma région que je vais continuer de travailler à la défendre avec tous les élus de la fédération régionale. C’est aussi pourquoi je continuerai à défendre nos besoins et à dénoncer l’inacceptable, en déplaise à certains!