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Alors qu’il y a quelques années, le sujet de la santé psychologique était rarement abordé ouvertement dans les rencontres avec nos membres, il n’est pas rare aujourd’hui de recevoir des témoignages sur la détresse vécue en agriculture. Devant les problèmes rencontrés, les agriculteurs et agricultrices se sentent souvent isolés. Ceux qui vont chercher de l’aide nous rapportent ne pas toujours recevoir des conseils adaptés aux réalités de l’agriculture où il n’est souvent pas possible de prendre une pause de la ferme ou de se faire remplacer.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, les producteurs exercent l’un des métiers les plus à risque de détresse psychologique et de suicide. Les aléas de la météo, l’instabilité des prix, l’endettement important, la pénurie de main-d’oeuvre, les défis de la relève et l’isolement sont des facteurs souvent cités pour expliquer ce phénomène.

Selon Ginette Lafleur, du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide et l’euthanasie, un agriculteur québécois sur deux souffre d’un niveau élevé de détresse psychologique et jusqu’à trois producteurs sur quatre se sentent stressés en permanence. S’il n’est pas géré, ce stress peut mener à l’anxiété, à la dépression et même plus. On estime que le taux de suicide est de deux à trois fois plus élevé chez les agriculteurs québécois que dans la population.

Devant ces constats préoccupants, en 2015, l’Union des producteurs agricoles a adopté un plan d’action provincial sur la santé psychologique des agriculteurs. Ce plan propose des actions aux niveaux local et régional. En région nous avons formé un comité régional composé d’un agriculteur responsable de la santé psychologique dans chacun des syndicats locaux. Nous avons participé à des rencontres afin de favoriser les échanges avec les divers intervenants du milieu. Nous avons coordonné une tournée de Lynda Clouâtre, directrice du Centre de prévention du suicide du Témiscamingue, dans les syndicats locaux de la région. Une formation de type sentinelle a ainsi été offerte dans les cinq syndicats locaux et elle a permis de former 60 personnes.

Le 25 avril, j’ai participé à un point de presse permettant de présenter le « Portrait de situation des familles agricoles du Témiscamingue, une description des enjeux à l’égard des difficultés vécues et de l’utilisation des services d’aide ». Les résultats de l’étude nous indiquent que la réalité des agriculteurs et agricultrices du Témiscamingue ne fait pas exception. Les données recueillies autant auprès des partenaires qu’auprès des agriculteurs démontrent que les familles agricoles du Témiscamingue sont susceptibles de vivre des difficultés importantes comme de l’anxiété, des problèmes de santé physique ou des difficultés financières. Sans oublier que les services présents sur le territoire ne semblent pas correspondre à leurs besoins et nécessitent des adaptations.

Nous sommes heureux de pouvoir appuyer la volonté du territoire du Témiscamingue d’étudier la situation afin d’agir et de mettre en place des solutions concrètes et adaptées. La fédération régionale et le syndicat local de l’UPA saluent l’initiative de Lynda Clouâtre, directrice du Centre de prévention du suicide du Témiscamingue qui a instauré la mise en place d’un comité responsable d’un projet pilote de travailleur de rang au Témiscamingue. En tant que représentants des agriculteurs et agricultrices, nous considérons essentiel de participer à ce comité et de nous concerter avec les acteurs du milieu vers un objectif commun.

La fédération régionale et le syndicat local soutiennent financièrement ce projet pilote de travailleur de rang. Nous sommes convaincus qu’un tel projet viendrait briser l’isolement vécu par les familles agricoles et permettrait d’offrir un soutien adapté aux réalités du secteur. S’il fonctionne, le projet pourra ensuite servir d’exemple aux autres territoires de la région qui voudront se concerter afin d’agir sur le soutien à la santé psychologique.

Pascal Rheault, président